Debout les crabes, la mer monte!
  • Debout les crabes, la mer monte!

    sculpture acier corten forgé soudé - 2020 - 550xH150cm

     

    COMMANDE PUBLIQUE

     

    Commande par la Mairie de Jaujac (Ardèche) d’une sculpture extérieure pour le site de La Bastide : ancienne colonie démontée pour cause d’amiante – reconstruction d’un site d’accueil de groupes plus polyvalent.

    Installation fin 2020, à la fin des travaux.

    • Le projet

      Mon travail est consacré au rapport de domination que l’homme impose à la nature. Je s’intéresse à la confrontation entre l’humain qui cherche à faire le monde à son image et la nature avec son incroyable résilience. Le sujet n’est pas l’effondrement de l’humanité mais la recherche d’une manière d’équilibre. Mon matériau, l’acier, est choisi pour renforcer mon propos. C’est par le métal que l’homme a dominé la nature, c’est avec lui que je cherche la réconciliation.

      C’est avec cette démarche que j’ai envisagé le projet d’intervention sculpturale pour La Bastide à Jaujac.

      J’avais aussi le souhait, dans un souci d’intégration, de concevoir un projet qui serait en lien avec la démarche des architectes auteurs du projet de construction.

      La naissance du projet

      Projet des architectes :

      « Nous choisissons de se laisser guider par le terrain, sa morphologie en pente et ses plateformes existantes, ses ouvertures et ses vues, sa végétation. (…)

      Le projet de paysage intervient comme support à la transformation du site. L’esquisse du projet s’inscrit dans la géographie, la géomorphologie et l’écosystème du lieu. D’abord à l’échelle du site : les anciennes traces d’occupation sont gommées afin de faire apparaître le talweg enfouis et dissimulé sous la dalle. »

      MAÎTRISE D'ŒUVRE

      Estève & Dutriez  / Architectes Mandataires
      Florine Lacroix / Paysagiste

       

      J’ai particulièrement apprécié que le projet architectural soit conçu à partir de l’observation du terrain et du respect de sa morphologie. Le choix de mettre le talweg au centre du projet et du site constitue selon moi, la prise en compte des lois impérieuses de la nature, notamment la question de l’écoulement des eaux pluviales, particulièrement importante sur un territoire comme l’Ardèche.

      J’ai travaillé mon propre projet autour de cette question et choisi son emplacement sur le tracé du talweg.

       

      Le projet : idée et choix formel

       

      L’eau : ressource et danger

      La question de l’eau est, et a toujours été, essentielle pour l’homme. D’un côté, l’eau est une ressource qui lui est indispensable et, historiquement, il a inventé diverses solutions pour la capter et l’exploiter, allant jusqu’à en détourner le cours naturel à son bénéfice.

      Mais l’eau représente aussi un danger. Et les activités et constructions humaines ont même souvent augmenté les risques : par exemple, la multiplication des aires asphaltées et bétonnées interrompt le cycle naturel de l’eau et empêchent l’infiltration. Avec les changements climatiques, les épisodes météorologiques extrêmes implique aujourd’hui que la gestion des eaux pluviales constitue un enjeu important pour les collectivités, afin d'assurer la sécurité publique (prévention des inondations) et la protection de l’environnement (limitation des apports de pollution dans les milieux aquatiques).

       

      Le barrage : allégorie du rapport de l’homme à la nature

      A partir de cette idée de l’eau à la fois ressource et danger, j’ai choisi d’illustrer mon propos, la domination de l’homme sur la nature et ses conséquences complexes, en m’inspirant de la forme d’un barrage.

      Un barrage est un ouvrage d'art construit en travers d'un cours d'eau et destiné à en retenir l'eau et en contrôler la circulation. Lorsque l’homme construit un barrage, c’est pour en retirer divers bénéfices : dériver ou régulariser le cours d’eau, en utiliser la retenue comme source d’énergie ou comme réserve d’irrigation.

      Si le coût économique est considéré comme acceptable eu égard aux bénéfices attendus, le coût environnemental est plus discuté : fragmentation paysagère, phénomènes d'envasement à l'amont du barrage, dégradation de la qualité de l'eau. En outre, plus un projet est ambitieux, plus ses conséquences sont lourdes : en noyant des vallées entières, la construction d'un barrage peut provoquer à la fois des bouleversements humains en forçant des populations entières à se déplacer, et avoir un impact écologique non négligeable en changeant fondamentalement l'écosystème local.

      Quant aux dommages occasionnés par la rupture d’un barrage, elles peuvent être considérables pour les êtres vivants, les biens, et l’environnement (destruction de la flore et de la faune, disparition du sol cultivable, pollutions diverses, boue, débris…).

       

      J’ai voulu créer une sculpture qui résume la volonté de contrôle de l’homme sur la nature et les risques auxquels trop d’arrogance l’expose, lui et son environnement.

      J’ai donc construit une forme de barrage en voute… que j’ai aussi en partie déconstruite : c’est un barrage qui se délite. Les strates glissent vers le sol, comme une invitation à se reconnecter à la nature.

      L’ensemble, installé sur le site de La Bastide, enjambe le tracé du talweg creusé comme une vallée, c’est-à-dire que la sculpture est au-dessus du vide en son centre, sur plus de 2 mètres. Le barrage délité tient toujours. C’est parce que mon propos n’est pas l’effondrement de l’activité humaine mais plutôt la nécessité à laquelle il doit désormais faire face : considérer la question du respect de son milieu dans toutes les activités qu’il choisit d’entreprendre.

      Nécessité urgente qui m’a donné envie de donner à ma sculpture le titre tiré de l’expression : « Debout les crabes, la mer monte ! »

       

      D’ailleurs, à propos de barrage et de crabe :

      Extrait de « Un barrage contre le Pacifique » de Marguerite Duras (1950)

       «Les barrages de la mère dans la plaine, c'était le grand malheur et la grande rigolade à la fois, ça dépendait des jours. C'était la grande rigolade du grand malheur. C'était terrible et c'était marrant. Ça dépendait de quel côté on se plaçait, du côté de la mer qui les avait fichus en l'air, ces barrages, d'un seul coup d'un seul, du côté des crabes qui en avaient fait des passoires, ou au contraire, du côté de ceux qui avaient mis six mois à les construire dans l'oubli total des méfaits pourtant certains de la mer et des crabes. Ce qui était étonnant c'était qu'ils avaient été deux cents à oublier ça en se mettant au travail.»

    • Détails techniques

      Sculpture pour l'extérieur.

      L'acier corten est un acier doux auto-patinable à l'aspect rouillé. C'est un acier sur lequel se forme une couche auto-protectrice, appelée patine, qui le protège de la corrosion atmosphérique. Cette caractéristique est obtenue par l'alliage de l'acier avec d'autres éléménts tels que cuivre, chrome, nickel et molybdène.

      Les nuances de teinte de la patine évoluent dans le temps et sont obtenues à l’air libre. Le processus peut durer de 1 à 3 ans avant d’atteindre la stabilité.

      On estime que cette stabilité est atteinte lorsque la couche d'oxyde est assez résistante pour ne plus provoquer de salissures ou traces au toucher.

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