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2018/2019 by Isabelle Grasset

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En tant qu’artiste, ma démarche est dictée par l’aspiration à plus de cohérence avec mon être. Elle est le reflet de la place que je souhaite occuper dans la société mais, surtout, en tant qu’être humain dans ce tout qu’est le monde.

Quand j’observe nos sociétés contemporaines, ce qui retient mon intérêt c’est la question de la domination, du pouvoir. J’ai choisi de développer mon travail autour du rapport de l’homme à la nature, et de remettre en question les bases mêmes de notre culture qui font de l’homme le maître du monde.

Mon médium principal, l’acier, est choisi pour renforcer mon propos. Dans l’histoire de l’humanité, l’acier est le matériau qui a permis la domination de l’homme sur la nature, et c’est par lui que j’invite à réfléchir comment l’homme pourrait interagir différemment avec le monde dont il n’est qu’un élément.

Je développe plusieurs thématiques, successivement ou parallèlement. Ma thématique Exploitation interroge la notion de ressources. Quand, pour l’être humain, le monde n’existe que dans ce qu’il a de directement utile pour lui. Avec Colonisation, Angkor, Erosion, Paysages ruiniformes, Fragmentation, j’explore la manière dont la nature résiliente reconquiert du terrain sur l’espace humain dominant. Je replace l’humain sur l’échelle du temps qui s’écoule et je cherche un équilibre harmonieux.

La plupart de mes œuvres ont un autre niveau de lecture, où l’homme est mis face à sa propre nature, la nature humaine. Car pour moi, les mécanismes qui décrivent les rapports de l’homme aux éléments naturels ou à l’animal sont les mêmes qui participent aux relations des hommes entre eux.

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C.V.
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Maîtriser la technique, c’est bien, et c’est le moins que l’on demande à qui se mêle d’exposer et donc de s’exposer. Avec un peu d’études, d’entraînement, d’expérimentation, même les plus médiocres y parviennent. La difficulté commence à partir du moment où il faut canaliser toutes les tentations, toutes les velléités dans une unité thématique et formelle qui sert de colonne vertébrale à la production. Bref avoir quelque chose à dire. Chez Yzo, cet axe s’articule autour du rapport que l’homme entretient avec la nature, cause pour laquelle l’artiste a son mot à dire. Les séries, dans ses réalisations, qu’elles se nomment Erosions ou Colonisations célèbrent l’utopique reprise en main par la nature des territoires jadis conquis par l’humain, et sa civilisation suicidaire. Le propos est d’autant plus congru que c’est par le métal que cette conquête a pu être assurée, ainsi que le soulignait Rousseau dans son Discours sur les inégalités. Yzo travaille ainsi le métal, soit pour accélérer son processus naturel de décomposition, soit pour assigner aux objets récupérés une fonction métamorphique. La Nature manifestement reprend ses droits. Les vélos, et leurs deux roues symboles de l’inventivité humaine, subissent d’étranges efflorescences. Les chaises sont littéralement assiégées. Des tables basses sont traversées de failles. Les portails et portillons sont ornés de broussailles de métal. Les bidons d’hydrocarbure, d’étranges concrétions en acier. Les totems, surtout, incarnation de notre prétention à conquérir le ciel après avoir recouvert la terre, sont ramenés à une réalité plus terre à terre. Les longs et épais lithes noirs sont découpés en tranches, graduellement, sur des modèles de décomposition naturelle. Les réalisations humaines ne résistent pas à l’injure de la nature et du temps.

C’est perceptible dans la série Interfaces où des plaques de métal sont malmenées. Outre cette dualité accentuée au bénéfice de la nature, l’oeuvre combative d’Yzo nous confronte également à l’inévitable réalité du temps, dont il lui arrive d’accélérer le cours, raccourcissant du même coup celui des êtres et choses palpables. Enfin, l’artiste vient de publier un livre d’artiste aux Edition Bourdaric (le même qui a associé cet été Houellebecq et Viallat), avec la poétesse Roselyne Sibille. Il y a fort à parier qu’il sera lui

aussi miné de l’intérieur.

© BTN (AICA, France, L'art’vues) – juillet 2017

Après des années de travail pour apprivoiser la matière qu'elle a choisie, Yzo s'engage maintenant pleinement dans une démarche plastique dont la vocation dépasse très nettement les questions de performance, de défi ou de prouesse techniques. Le dialogue permanent qu'elle établit entre l'Homme et la Matière, ce face à face si révélateur de qui nous sommes, se décline selon des séries bien identifiées : Colonisation, Erosion, Exploitation… Son travail aux consonances baroques parfois, s'intéresse aussi au design contemporain et à l'architecture, mais, comme Pierre Soulages, elle traque la lumière au coeur du noir, et parvient à nous surprendre par la densité lumineuse qu'elle révèle dans nombre de ses pièces. 

© Renaud Vincent – Galerie du Bourdaric – octobre 2016

The post-human green colonization

 « Que le monde aille à sa perte, c’est la seule politique ! » disaient en chœur Marguerite Duras et Gérard Depardieu dans « Le camion », film tourné en 1977 dans les terres arables des Yvelines.

En travaillant sur l’altération et la décomposition des vestiges industriels de l’humanité, Yzo semble apporter sa voix à ce chœur prémonitoire qui continue de chanter à qui veut bien l’entendre, l’inexorable destin qui attend notre civilisation.

En effet, partout sur terre, les progrès scientifiques, technologiques et industriels ont accéléré les processus de destruction à grande échelle de tous les équilibres naturels, allant jusqu’à étouffer toute aspiration spirituelle et à briser la conscience même des hommes.

C’est dans la chaleur de son atelier que Yzo trouve l’énergie de forger et de sculpter ses œuvres, qu’elle fait rougir le métal, qu’elle se rapproche ainsi du soleil et de la lumière pour nous dire combien la vie est précieuse.

Avec beaucoup de tendresse, d’amour devrais-je dire, et de désespoir aussi, elle cherche la faille qui pourrait éclairer notre conscience collective vers un autre chemin que celui sur lequel nous marchons.

© Renaud Vincent février 2016

 

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